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16 juillet 2016 6 16 /07 /juillet /2016 15:37

L’Académie des sciences des États-Unis a publié en mai 2016 un nouveau rapport qui affirme que les plantes génétiquement modifiées (PGM) ne présentent pas plus de risques environnementaux et pour la santé que les plantes conventionnelles. Une conclusion sans surprise si on regarde de près les financements et les membres des comités de surveillance (« board ») de cette Académie.

En mai 2016, la presse internationale a largement évoqué le dernier rapport (près de 400 pages) de l’Académie étasunienne des sciences sur les PGM [1], tout à fait élogieux pour ces plantes. Le Monde et l’AFP, dans un article conjoint publié le 17 mai, soulignaient : « Les scientifiques concluent que les cultures OGM ne présentent apparemment pas plus de risques environnementaux et pour la santé que les récoltes conventionnelles » [2], en rappelant que ce constat se référait à l’analyse de 900 études.

Deux nuances sont malgré tout apportées - histoire de faire croire à l’objectivité du rapport - aussitôt balayées par un discours lénifiant sur cette technologie. Ainsi, si l’Académie admet qu’il y a une « difficulté à détecter des effets subtils ou à long terme sur la santé ou l’environnement » des OGM, elle conclut malgré tout que les données analysées n’ont pas permis de « déceler de différences dans les risques pour les humains entre les cultures OGM et les récoltes conventionnelles ». De même, le rapport établit que « les études épidémiologiques à long terme n’ont pas directement visé la consommation alimentaire d’OGM, mais que les données épidémiologiques disponibles des séries chronologiques ne montrent pas de maladies ou de maladies chroniques dans les populations qui sont en corrélation avec la consommation d’aliments transgéniques ».

Première remarque concernant ce travail : la comparaison est faite entre l’agriculture transgénique et l’agriculture conventionnelle, c’est-à-dire chimique. Le rapport établit l’absence de différences entre ces deux modes de production. Or, il aurait fallu comparer avec l’ensemble des modes agricoles, et notamment avec l’agriculture biologique et paysanne. En effet, l’agriculture transgénique n’est que la continuité paradigmatique de l’agriculture chimique et a besoin pour fonctionner d’utiliser des engrais azotés, des pesticides et des variétés issues d’une sélection hors-sol. Ainsi, étant donné la similitude entre ces agricultures, on peut concevoir que les impacts sanitaires et environnementaux de ces pratiques soient du même ordre.

L’Académie financée par l’industrie

Au-delà de cette remarque préliminaire - mais fondamentale pour bien voir que l’Académie ne se donne pas les moyens de regarder les impacts d’une agriculture hors-sol - il faut aussi noter que l’indépendance de l’Académie est toute relative.

Ainsi, dans le rapport financier pour l’année 2014 [3] de l’Académie nationale des Sciences, il est précisé que Dow Chemical et Monsanto ont donné entre un et cinq millions de dollars, et Basf et Bayer entre 1000 et 10 000 dollars. On trouve aussi le nom de nombreuses entreprises pharmaceutiques (comme AstraZeneca Pharmaceuticals, Eli Lilly, GlaxoSmithKline, ou Sanofi Aventis...), et de l’agro-alimentaire (comme Cargill, Coca-Cola, Pepsi Co et Nestlé). Enfin, notons l’apport financier de fondations connues pour leur soutien inconditionnel aux biotechnologies végétales et à la Révolution verte, comme les Fondations Rockefeller et Bill & Melinda Gates.

L’industrie n’est pas seulement présente en tant que financeur, mais aussi en tant que « superviseur ».

Une neutralité toute relative

Il y a un réel déséquilibre entre les membres de l’industrie et ceux de la société civile, entre les partisans des OGM et ceux qui s’opposent à cette technologie dans les différents conseils (boards) du National Research Council (NRC), qui dépend de l’Académie des sciences. La composition des « boards » est indiquée dans les rapports publiés par le NRC. En se basant sur six d’entre eux, nous avons constaté la place prédominante de l’industrie (voir encadré ci-dessous).

L’industrie largement majoritaire dans les "boards"
Entre 1987 et 2010, on trouve dans les boards : six personnes de l’industrie [4] contre deux de la société civile [5] en 1987 [6] ; six personnes de l’industrie [7] contre une personne de la société civile [8] en 2000 [9] ; huit de l’industrie [10] contre trois de la société civile [11] en 2001 [12] ; quatre personnes de l’industrie [13] contre trois de la société civile [14] en 2002 [15] ; cinq personnes de l’industrie [16] contre trois de la société civile [17] en 2004 [18] et enfin, quatre personnes de l’industrie [19] et personne de la société civile en 2010 [20].

Les autres membres, majoritaires, sont des universitaires. Il est difficile de savoir qui parmi eux sont « neutres », pro ou anti-OGM. Mais pour Food & Water Watch [21], ils seraient nombreux à avoir aussi joué un rôle dans la promotion des OGM avec financement à la clé.

Enfin, dernier cas de figure : les portes tournantes. Citons dans cette catégorie Michael Phillips qui, après avoir travaillé pour le NRC, a été employé par BIO, un des plus gros groupes de lobby de l’industrie des biotechnologies. Et dans l’autre sens, le NRC a employé quelques années après Kara Laney, qui travaillait précédemment dans un autre groupe de lobby, l’International Food & Agricultural Trade Policy Council, financé et dirigé en partie par Monsanto. Signalons que le NRC a été dirigé par Charles Benbrook, connu pour avoir dénoncé dès les années 2000 l’augmentation de l’usage des herbicides sur les cultures transgéniques. Mais ce dernier soutient avoir été « démissionné » de son poste de directeur du fait de ses positions.

En 2016, face à une partialité toujours aussi flagrante dans le choix des auteurs des rapports du NRC, 45 scientifiques ont signé une lettre ouverte pour demander que les personnes critiques sur les OGM aient aussi le droit de s’exprimer.

Une utilisation biaisée de la littérature scientifique

L’industrie des biotechnologies joue un rôle important dans la production d’une littérature scientifique orientée. Elle finance des universitaires ou utilise ses propres salariés pour rédiger des études qui démontrent, cela va de soi, l’équivalence en substance des plantes GM ou non GM, l’absence de risque sanitaire et l’impact positif de ces plantes sur l’environnement.

---->>> LIRE TOUT L'ARTICLE ( et ses nombreuses références)

https://www.infogm.org/5978-ogm-academie-science-etats-unis-est-elle-impartiale

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